Après chaque tremblement de terre, les médias annoncent un chiffre : « magnitude 5,8 », « séisme de force VI »... Ces nombres ne mesurent pas la même chose. Les confondre conduit à de vraies erreurs d'interprétation, par exemple croire qu'un séisme modéré ne peut pas faire de dégâts, ou qu'une magnitude élevée signifie forcément une catastrophe près de chez soi.
Cet article fait le point sur trois notions : l'échelle de Richter, la magnitude de moment et l'intensité macrosismique.
Magnitude et intensité : deux questions différentes
La magnitude répond à la question « quelle est la taille du séisme à sa source ? ». Elle caractérise l'événement lui-même. Un séisme n'a donc qu'une seule magnitude, même si plusieurs agences en publient des estimations légèrement différentes.
L'intensité répond à une autre question : « qu'a-t-on ressenti et observé à tel endroit ? ». Elle décrit les effets de la secousse sur les personnes, les objets et les bâtiments. Un même séisme produit donc de nombreuses intensités : élevée près de l'épicentre, plus faible à mesure que l'on s'en éloigne.
Pour éviter la confusion, on note par convention la magnitude en chiffres arabes avec décimale (5,8) et l'intensité en chiffres romains (VI).
L'échelle de Richter : une origine californienne
Dans les années 1930, le sismologue Charles Richter a proposé une échelle pour comparer les séismes du sud de la Californie à partir des enregistrements de sismographes proches. C'est la magnitude dite « locale », notée ML.
Cette échelle a rendu un service immense, mais elle a été conçue pour un contexte précis : certaines distances, certains instruments, certaines fréquences d'ondes. Quand les réseaux de stations se sont étendus au monde entier, les sismologues ont développé d'autres magnitudes (sur les ondes de volume, sur les ondes de surface), chacune valable dans un domaine particulier.
Point important : pour les très gros séismes, ces anciennes méthodes tendent à sous-estimer la taille réelle de l'événement. On dit qu'elles « saturent ». C'est pourquoi le terme « échelle de Richter », encore très utilisé dans le langage courant, est en réalité rarement celui qu'emploient aujourd'hui les agences pour les grands séismes.
La magnitude de moment (Mw), la référence actuelle
La magnitude de moment, notée Mw, repose sur une grandeur physique : le moment sismique. Celui-ci dépend de la surface de la faille qui a glissé, de l'ampleur du glissement et de la rigidité des roches. Il est lié à l'énergie totale libérée.
Selon l'USGS (Service géologique des États-Unis), la magnitude de moment fournit l'estimation la plus fiable de la taille des très grands séismes et reste valable sur toute la gamme des magnitudes. Elle peut être calculée à partir des sismogrammes ou de mesures géodésiques (GPS, radar satellitaire).
Une échelle logarithmique
Les magnitudes ne s'additionnent pas comme des kilomètres. D'après l'USGS, chaque unité supplémentaire correspond à une amplitude enregistrée dix fois plus grande sur un sismogramme, et à environ 32 fois plus d'énergie libérée. Concrètement :
- un séisme de magnitude 6 libère environ 32 fois plus d'énergie qu'un séisme de magnitude 5 ;
- entre une magnitude 5 et une magnitude 7, l'écart d'énergie est de l'ordre de mille.
Il n'existe pas de « maximum » théorique fixé à 10 : l'échelle est ouverte. La taille d'un séisme est simplement limitée par la taille des failles capables de rompre.
L'intensité EMS-98 : mesurer les effets
En Europe, l'intensité est évaluée avec l'échelle macrosismique européenne, dite EMS-98. Elle a été élaborée sous l'égide de la Commission sismologique européenne, qui en a recommandé l'adoption en 1996, et sa version actuelle date de 1998. Elle compte douze degrés, notés de I à XII, dans la continuité des grandes échelles à douze degrés utilisées auparavant.
Le principe : classer la sévérité de la secousse à partir d'effets observés sur une zone limitée. Pour les degrés faibles, on s'appuie sur ce que ressentent les personnes (secousse à peine perçue, objets qui vibrent, réveil des dormeurs). Pour les degrés plus élevés, on regarde les dommages aux bâtiments, en tenant compte de leur vulnérabilité : une maison en maçonnerie ancienne ne réagit pas comme un immeuble conçu selon des règles parasismiques.
Aux États-Unis, l'équivalent est l'échelle de Mercalli modifiée, mise au point en 1931 par Harry Wood et Frank Neumann.
Pourquoi l'intensité varie d'un lieu à l'autre
Pour une même magnitude, l'intensité ressentie dépend notamment :
- de la distance à la zone de rupture ;
- de la profondeur du foyer : un séisme superficiel est généralement plus ressenti en surface ;
- de la nature du sol : des sédiments meubles peuvent amplifier les secousses par rapport à un sol rocheux ;
- de la qualité des constructions locales.
C'est ce qui explique qu'un séisme de magnitude modérée, peu profond et situé sous une ville, puisse faire davantage de dégâts qu'un séisme plus puissant survenu loin des zones habitées.
Pourquoi les chiffres changent après un séisme
Dans les minutes qui suivent un séisme, les premières magnitudes sont calculées automatiquement à partir de quelques stations. Elles sont ensuite affinées quand davantage de données arrivent et que des sismologues relisent les calculs. Il est donc normal de voir une magnitude passer, par exemple, de 5,6 à 5,8 en quelques heures, ou de constater un léger écart entre deux agences.
L'intensité, elle, se construit souvent sur plusieurs jours, à partir des témoignages recueillis en ligne et des enquêtes de terrain. Vos témoignages sont précieux : les organismes de surveillance proposent des questionnaires « séisme ressenti ».
Ce qu'il faut retenir
- La magnitude mesure la taille du séisme à sa source ; il n'y en a qu'une par séisme.
- L'intensité (EMS-98 en Europe) mesure les effets en un lieu donné ; elle varie d'un endroit à l'autre.
- La magnitude de moment (Mw) a largement remplacé l'échelle de Richter pour les séismes importants.
- Une unité de magnitude en plus, c'est environ 32 fois plus d'énergie.
- Les premières valeurs publiées sont provisoires et peuvent être révisées.
Sources
Informations vérifiées auprès des sources suivantes (consultées en octobre 2026) :
- USGS — Moment magnitude, Richter scale : les différentes échelles de magnitude
- USGS — Earthquake magnitude, energy release, and shaking intensity
- GFZ Potsdam — EMS-98, European Macroseismic Scale
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