Quand un volcan entre en éruption, on entend parfois parler de « VEI 4 » ou de « VEI 6 ». Cet indice permet de comparer, sur une même échelle, des éruptions très différentes. Il a pourtant des limites qu'il faut connaître avant de l'utiliser.
Qu'est-ce que le VEI ?
Le VEI (Volcanic Explosivity Index, ou indice d'explosivité volcanique) a été proposé en 1982 par les volcanologues Chris Newhall et Stephen Self. Il classe les éruptions sur une échelle de 0 à 8.
Deux critères principaux servent à attribuer une note :
- le volume de matériaux éjectés (cendres, ponces, fragments de roche, regroupés sous le nom de téphras) ;
- la hauteur de la colonne éruptive, liée à l'intensité de l'éruption.
D'autres observations (durée, style de l'éruption, descriptions historiques) aident à classer les éruptions anciennes pour lesquelles on ne dispose pas de mesures directes.
Une échelle logarithmique
Comme les échelles de magnitude des séismes, le VEI est logarithmique. Selon le Service des parcs nationaux américain (NPS), chaque échelon représente une éruption environ dix fois plus importante que le précédent, à quelques exceptions près en bas de l'échelle.
Autrement dit, une éruption de VEI 6 n'est pas « un peu plus forte » qu'une éruption de VEI 5 : elle a émis de l'ordre de dix fois plus de matériaux.
Quelques repères historiques
Les publications de l'USGS (Service géologique des États-Unis) attribuent notamment les valeurs suivantes :
- VEI 0 : éruptions purement effusives (coulées de lave sans explosion) ; la plupart des éruptions de type hawaïen, à faible composante explosive, sont classées VEI 0 ou 1 ;
- VEI 3 : Nevado del Ruiz (Colombie), 1985 — une éruption modeste en volume mais tragique par les coulées de boue (lahars) qu'elle a déclenchées ;
- VEI 5 : le Vésuve en l'an 79, et le mont Saint Helens (États-Unis) en 1980, « de justesse » selon l'USGS ;
- VEI 6 : le Krakatoa (Indonésie), 1883 ;
- VEI 7 : le Tambora (Indonésie), 1815, considéré par l'USGS comme la plus grande éruption explosive connue de l'époque historique ;
- VEI 8 : les « super-éruptions » préhistoriques, comme certaines éruptions de la caldeira de Yellowstone.
Les éruptions de faible VEI sont de loin les plus fréquentes ; les éruptions de VEI 7 ou 8 sont exceptionnelles à l'échelle de l'histoire humaine.
Ce que le VEI ne dit pas
Il ne convient pas aux éruptions effusives
Le VEI repose sur les produits explosifs et la hauteur du panache. Il est donc peu utile pour décrire les éruptions dominées par les coulées de lave. Une éruption effusive peut émettre de grands volumes de lave et causer d'importants dégâts matériels tout en restant classée très bas. C'est typiquement le cas de nombreuses éruptions du Piton de la Fournaise, à La Réunion.
Il ne mesure pas le danger
Le VEI décrit la taille d'une éruption, pas ses conséquences. Le danger dépend aussi :
- de la proximité des populations et des infrastructures ;
- des phénomènes associés : coulées pyroclastiques, lahars, gaz, chutes de cendres, tsunamis d'origine volcanique ;
- de la préparation locale : surveillance, plans d'évacuation, information du public.
L'exemple du Nevado del Ruiz rappelle qu'une éruption de VEI 3 peut être meurtrière.
Il est attribué après coup
Pendant une éruption en cours, le VEI est souvent provisoire : le volume total n'est connu qu'après l'événement, une fois les dépôts étudiés.
Comment estime-t-on le volume d'une éruption ?
Le volume éjecté ne se mesure pas directement pendant l'éruption. Les volcanologues cartographient après coup les dépôts de cendres et de ponces : ils relèvent leur épaisseur en de nombreux points, parfois très loin du volcan, puis en déduisent un volume total. Pour les éruptions anciennes, ils s'appuient sur l'étude des couches géologiques et sur les récits historiques. C'est la méthode proposée dans l'article fondateur de Newhall et Self, publié en 1982 dans le Journal of Geophysical Research.
Grandes éruptions et climat
Les éruptions explosives les plus puissantes peuvent projeter des gaz soufrés jusque dans la stratosphère. Ils y forment de fines gouttelettes qui renvoient une partie du rayonnement solaire et peuvent refroidir temporairement le climat. L'année 1816, qui suivit l'éruption du Tambora, est restée dans l'histoire comme « l'année sans été » en Europe et en Amérique du Nord.
VEI et niveaux d'alerte : deux choses différentes
Ne confondez pas le VEI avec les niveaux d'alerte volcanique. Ces derniers sont fixés par les autorités, sur avis des observatoires, et décrivent l'état d'activité d'un volcan et les mesures à prendre (vigilance, restrictions d'accès, évacuation). En France, ce sont les observatoires volcanologiques et les préfectures qui informent la population. Un volcan peut être placé en alerte sans qu'aucune éruption n'ait encore eu lieu.
En bref
- Le VEI classe les éruptions de 0 à 8 selon le volume éjecté et la hauteur du panache.
- Chaque échelon correspond à environ dix fois plus de matériaux.
- Il convient mal aux éruptions effusives et ne mesure pas directement le danger.
- Pour savoir quoi faire, référez-vous aux niveaux d'alerte officiels.
Sources
Informations vérifiées auprès des sources suivantes (consultées en octobre 2026) :
- U.S. National Park Service — Volcanic Explosivity Index (VEI)
- USGS — Mount St. Helens : comparaison avec d'autres éruptions
- IPGP — Observatoire volcanologique du Piton de la Fournaise
- Newhall & Self (1982), Journal of Geophysical Research — référence via l'Alaska Volcano Observatory
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